WASHINGTON
- PEKIN : LA CONFRONTATION PACIFIQUE
Mai 2012
Pour
contrer les ambitions grandissantes de la Chine dans le Pacifique, les
Etats-Unis, qui possèdent déjà des bases au Japon
et en Corée du Sud, ont annoncé, le 16 novembre 2011,
un renforcement de leur présence militaire en Australie. Washington
va ainsi déployer 250 marines dans le nord du pays à partir
de la mi-2012, un effectif qui sera au fil des ans porté à
2 500.
Le président Barack Obama met ainsi en actes sa doctrine visant
à restaurer la présence américaine en Asie.
Ainsi, depuis son arrivée au pouvoir, Barack Obama s'est lancé
dans un vaste chantier de redéfinition de la politique américaine
en Asie-Pacifique. Hillary Clinton y joue un rôle central. Cette
nouvelle politique, qui contraste avec les années Bush marquées
par un engagement assez faible dans cette région, aucune vision
d'ensemble et une multitude de partenariats bilatéraux, ambitionne
de restaurer la présence américaine dans le Pacifique,
qui est de plus en plus sujette à interrogations.
L'Australie étant un allié proche de Washington, et un
acteur majeur de la sécurité dans le Pacifique Sud, où
Canberra assure, avec Wellington, l'essentiel des missions de sécurité
et de maintien de la paix, mais aussi potentiellement dans l'océan
Indien, la présence militaire américaine doit être
avant tout interprétée comme un soutien à l'Australie.
Par ailleurs, du côté chinois, le lancement du premier
porte-avions chinois en aout 2011, qui était prévu de
longue date, même s'il marque un nouveau cap dans l'affirmation
de la puissance navale chinoise, ne remet pas en cause, pour le moment
du moins, la domination de l'US Navy dans le Pacifique.
En revanche, en s'assurant des bases arrières dans une région,
notamment dans le Pacifique Sud et la façade orientale de l'océan
Indien, où la Chine ne dispose pas de relais, les Etats-Unis
marquent certainement leur présence stratégique, et cela
s'inscrit de fait dans le bras de fer naval auquel semblent désormais
se livrer les deux pays, même si celui-ci n'est pas encore officiellement
à l'ordre du jour des agendas stratégiques.
Même si les Américains sont déjà très
présents au Japon (40 000 hommes) et en Corée du Sud (28
000), l'Australie, bien plus lointaine géographiquement, est
devenue stratégique pour Washington. En effet, même si
l'Australie est plus éloignée de la mer de Chine méridionale,
elle est également l'allié fiable le plus proche pour
Washington. Les Etats-Unis tissent des partenariats avec des pays comme
le Vietnam ou l'Indonésie, mais ils savent que l'importance des
échanges économiques et commerciaux de ces pays avec la
Chine fragilise leur marge de manuvre.
La région des détroits en Asie du Sud-Est, hautement préoccupante
en raison de la prolifération des activités de piraterie,
justifie à elle-seule une meilleure coordination avec les pays
de la région, dont l'Australie fait partie. Il faut ajouter à
cela les risques sécuritaires en Indonésie, liés
au radicalisme religieux, dont l'attentat de Bali en octobre 2002 fut
un triste exemple, et pour lesquels l'Australie joue un rôle central.
Pour ces différentes missions, les forces stationnées
en Asie du Nord-Est ne sont pas sollicitées, leur rôle
étant essentiellement d'assurer la protection des alliés
japonais et coréen.
Les effectifs américains annoncés (250 hommes en 2012
et 2 500 hommes à terme) sont plutôt réduits et
cette annonce a plutôt une portée plus politique que militaire,
notamment vis-à-vis des pays de la région. En effet, il
aurait été difficile pour le président américain,
qui a annoncé le retrait des forces américaines en Irak
puis en Afghanistan d'annoncer un renfort important dans un pays comme
l'Australie, qui a priori ne le justifie pas particulièrement.
L'administration Obama sait que les partenariats avec les pays sur la
rive asiatique du Pacifique sont essentiels si les Etats-Unis veulent
se maintenir dans la région, et faire pour encore quelques décennies
du Pacifique une "mer intérieure américaine".
L'annonce de ces effectifs vise donc à la fois l'Australie, mais
aussi d'autres pays de la région, notamment en Asie du Sud-Est.
L'Australie occupe en outre une position stratégique entre l'océan
Indien et l'océan Pacifique. C'est effectivement plus dans l'océan
Indien que les Etats-Unis ont besoin de l'Australie, et réciproquement.
L'Australie y joue un rôle important, et ses relations avec l'Inde
constituent le seul véritable obstacle à la stratégie
de déploiement de la Chine, qui s'appuie sur la puissance navale
et une multitude de partenariats avec des pays de la région,
qualifiés de "collier de perles".
Les Etats-Unis suivent de près les développements dans
cet océan, que certains analystes décrivent comme essentiel,
et potentiellement porteur de multiples dangers. Le partenariat entre
les Etats-Unis et l'Australie y prend tout son sens, Canberra n'ayant
pas les moyens, seul ou avec l'Inde, de s'opposer aux capacités
militaires chinoises et à sa volonté d'expansion dans
la zone pacifique.
Par ailleurs, il est à noter que la Chine est le premier partenaire
économique de l'Australie, or ces liens économiques et
commerciaux risquent à terme d'affaiblir l'influence américaine
sur cet allié historique.
Malgré ses liens historiques et culturels avec le monde occidental,
l'Australie est une puissance asiatique. C'est en particulier le cas
en ce qui concerne les questions économiques et commerciales,
puisqu'en marge de la Chine, le Japon, la Corée du Sud ou d'autres
pays asiatiques sont des partenaires importants de Canberra, qui vient
par ailleurs d'annoncer sa volonté de vendre de l'uranium à
l'Inde. L'ancien premier ministre conservateur, John Howard, était
un hostile défenseur de l'affirmation de l'Australie comme pays
occidental. Mais depuis le retour au pouvoir des travaillistes, en parallèle
de la crise économique internationale, la volonté de resserrer
les liens avec les pays asiatiques s'est confirmée, et l'idée
d'une intégration régionale est même souvent évoquée.
Enfin, la confrontation entre les Etats-Unis et la Chine aura lieu dans
la zone Pacifique et qui est devenue en ce début de XXIe siècle,
l'épicentre de l'économie mondiale.
GREEN
ECONOMY - A NECESSARY CHANGE
May 2012
While
growth remains as our main goal economic and environmental crisis will
persist. A green economy requires us to aim at development rather than
growth, through the responsible promotion of justice, the common good,
and environmental sustainability.
As
the depth and breadth of our financial/economic and environmental crises
deepens, it is urgent to ask whether the way we are going about searching
for solutions lives up to the challenge. The risk is that our institutions
are focusing on means - such as recapitalizing banks, tackling perverse
subsidies, or promoting energy efficiency, while the driver of the crises
lies in the end goal: more growth.
The severity of recent events has placed into sharp focus the growing
impact on ecosystems (on whose services we 'fundamentally depend'),
the widening inequalities within nations as well as between world regions,
and escalating social discontent. Nevertheless, the ideas and values
framing problems and solutions to the crises have barely shifted. Growth
remains the goal, seen as synonymous with modernity and success, and
only embellished by fashionable enthusiasm for a "greener"
economy.
This is illustrated by the proliferation of new policy responses to
the crises, by national governments and international agencies, which
have joined forces to coin a range of alternative 'green turns': green
economy,green growth, sustainable growth, (global) green New Deal, to
name but a few. They range in length and detail, but share the underlying
belief that it is necessary, indeed possible, to re-launch economic
growth globally, while protecting ecosystems. But how? Through greater
efficiency. The focus is on the 'means' to restart green growth (the
'end'), and these include energy and eco-efficiency, market efficiency,
low-carbon economies and preservation of ecosystem services.
The choice of means is underpinned by the same mainstream economic worldview
that has been unable to avoid (and has partly caused) both crises, and
has led to unprecedented levels of inequality and environmental degradation.
This economic worldview supports policies that promote right prices,
financial stability and the respect for contracts, according to the
logic of free market economies. Sustainable use of resources can, it
is argued, be ensured through fiscal and pricing policies that can,
it is (still) believed, adequately reflect the social and environmental
costs of production. We are told again, that perverse subsidies, notably
for fossil fuels, will be eliminated, and green technologies will thrive
within the logic of efficient markets. A more virtuous allocation of
resources, in line with mainstream economic thinking, will help meet
the objective of sustainable economic growth, while nudging society
towards maximum possible levels of welfare. There is no sign of dithering
when it comes to confirming the belief in global markets as the engine
for growth and "opportunity".
In other words, the cultural and methodological perspectives that are
shaping responses to our multiple and interrelated crises, remain anchored
in the mutually reinforcing principles of mainstream economics and ecological
modernization. This is constraining our ability to turn the crises into
opportunities for fundamental change.
But the economic and financial crisis, let alone the environmental one,
cannot be solved without addressing the issue of diminishing raw materials.
Think of rare earths for example: indispensable for the success of technological
innovation that is key to the green economy discourse, yet we are told
there simply won't be enough to go round. No doubt, changes in taxation
and pricing, and low-carbon policies and technologies can, and ought
to be significantly improved to reduce inefficiencies and waste. The
need for this is not being questioned here. However, it is no solution
to the inescapable limits to growth. It can, at best, extend the lifetime
of our systems of growth. But in doing so, major problems will be further
exacerbated, resource scarcity and degradation of the ecosystem services
will lead to increasing competition and social and geopolitical instability,
in poor nations, but also in established rich democracies, as recent
events in North Africa and Europe seem to confirm.
None of the responses questions the goal of growth. Well-being and justice,
the ostensible development end goals of a civilized society, somehow
do not merit the headlines. Nor, it appears, do they require detailed
discussion. Instead, the focus is directed to the means, and green -
essentially efficient - growth is almost unanimously seen as the realm
within which opportunity is to be framed, in order to reverse the crises.
Efficiency in all its variations and technological innovation are simply
a means to an end. We need to rethink the end if we are serious about
justice and our environment. There is a need for a wider notion of justice,
capable of embracing the environmental dimension: premised on the acknowledgment
of limits to growth, of the absolute scarcity of natural resources and
the potentially irreversible impacts of growth on ecosystems.
To date the ongoing crisis has been a missed opportunity for a paradigm
shift in the premises of economics and resulting economic policies.
Something more fundamental will be needed to usher the world community
into a twenty-first century where development, through the promotion
of justice, common good, responsibility and environmental sustainability
become a shared and self-reinforcing goal. The next UN Earth Summit,
in Rio 2012, twenty years since Rio 1992, will focus on the 'Green Economy'
and the 'Institutional Framework' for sustainable development. It offers
the chance for new answers, but current language, ideas and rhetoric
are less than encouraging.
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