Les régions inhabitables en 2050

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L’année 2024 aura non seulement été l’année la plus chaude enregistrée jusqu’ici, mais aussi la toute première à dépasser le seuil de réchauffement de 1,5 °C.
L’objectif de l’Accord de Paris pour le climat signé en 2015 est clair : limiter à +2 °C le réchauffement planétaire à la fin de notre siècle et, si possible même, le maintenir sous le seuil de +1,5 °C. Ces objectifs ne seront probablement pas atteints.
L’année 2024 a décroché le titre d’année la plus chaude jamais enregistrée. Mais aussi, celui de la première année à dépasser ce seuil devenu un symbole de la lutte contre le réchauffement climatique. C’est le service européen Copernicus qui a été le premier à officialiser les chiffres.
Dans son rapport « Global climate highlights 2024 » ,publié en janvier 2025, les experts confirmaient ainsi cette tendance inquiétante. La température moyenne enregistrée dans le monde en 2024 a été de 15,10°C. C’est 0,12°C de plus qu’en 2023, mais aussi 0,72°C de plus sur la moyenne de la période 1991-2020 et surtout, 1,60°C de plus que la moyenne préindustrielle. Et ces chiffres ont été obtenus en combinant des observations provenant d’autant de sources que possible – y compris des satellites, des stations météorologiques et des navires – avec un modèle de prévision météorologique de pointe.
Un point de non-retour, c’est un seuil à ne pas dépasser. Sans quoi l’écosystème pourrait brutalement se dégrader. Voire purement et simplement disparaître. Pour se faire une idée, l’image d’une tasse que l’on pousse vers le bord d’une table est intéressante. Puisqu’à un moment, une petite poussée supplémentaire provoque la chute de la tasse. Sans espoir de retour en arrière.
Les scientifiques ont ainsi défini toute une série de points de non-retour potentiels. De quoi les conduire dans un premier temps à penser que notre survie sur Terre ne serait pas irréversiblement mise en danger avant une élévation de température de l’ordre de 5 C par rapport aux températures préindustrielles.
Mais à la fin des années 2010, ils ont révisé leurs estimations, jugeant qu’une augmentation de température de 1 à 2°C pourrait suffire à déclencher une cascade de catastrophe. Or déjà entre 2016 et 2020, la température globale de la Terre avait augmenté de 1,1°C par rapport à ces fameuses moyennes préindustrielles. Et fait inquiétant, la barre des 1,5°C devrait être franchie dès 2030.
Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ) estime qu’avec une augmentation de la température globale du globe de 1,5°C d’ici la fin du siècle par rapport au niveau préindustriel, la fréquence des épisodes de chaleur extrême sera multipliée par quatre.
Aux États-Unis, la chaleur est déjà le phénomène météo qui tue le plus depuis une trentaine d’années. En effet, de 1991 à 2020, la chaleur a causé la mort directe de 143 personnes par an en moyenne, suivie par les inondations, puis les tornades, les ouragans, la foudre, et enfin le froid et la neige. Dans ce pays, les épisodes de chaleur extrême ont d’ailleurs plus que doublé au cours des 40 dernières années.
Le GIEC prévenait dès 2018 qu’avec une hausse des températures de 1,5 à 2°C, le monde ne serait plus le même. Que nous aurions à faire face à des risques accrus pour les espèces, y compris l’espèce humaine et les économies. Que la stabilité et la résilience de notre planète seraient remises en cause. C’est sur cette base que le « Mercator Research Institute on Global Commons and Climate Change » (MCC) a imaginé une horloge carbone. Une horloge qui décompte le temps qu’il nous reste avant d’avoir émis suffisamment de carbone pour atteindre ce point de non-retour.
Si nous voulons nous maintenir en dessous de la barre des +1,5°C, nous ne pourrons pas émettre, depuis fin 2017, plus de 420 gigatonnes de CO2. Ce qui nous amène, au niveau d’émission de gaz à effet de serre actuel, à dans un peu plus de neuf ans soit à fin de l’année 2027. Pour franchir la barre des +2°C, il faudra environ 26 ans, et cela arrivera d’ici fin 2045 environ.
Le 7 janvier 2026, le président Donald Trump a signé un décret retirant les États-Unis de 66 organisations internationales jugées « redondantes, mal gérées, inutiles, coûteuses ou inefficaces », ou considérées comme des instruments des adversaires américains.
Parmi elles figurent diverses agences des Nations unies, dont le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), mais surtout la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques de 1992 (CCNUCC), qui constitue l’épine dorsale de la gouvernance climatique mondiale. Cette décision implique donc également un retrait durable de l’Accord de Paris, puisque l’adhésion à cet accord est légalement liée à la participation à la CCNUCC.
Lors de son premier mandat, le président Trump avait retiré les États-Unis de l’Accord de Paris en utilisant la clause de retrait prévue dans le texte. Mais en 2021, le président suivant, Joe Biden, a rapidement ramené les États-Unis dans l’accord, en faisant un geste central de sa diplomatie climatique. Cet épisode a mis en lumière la fragilité de la politique climatique internationale : un simple changement d’administration pouvait en effet faire sortir les États-Unis de l’accord, transformant les engagements climatiques mondiaux en de simples extensions de la politique partisane intérieure.
Cette fois, cependant, ce changement est plus pérenne. En ciblant la CCNUCC elle-même, l’administration Trump a démantelé le cadre juridique qui permettait d’annuler une politique climatique et environnementale.
En s’appuyant sur le précédent Goldwater C. Carter et sur la fragilité juridique d’un Accord de Paris conçu sans ratification contraignante du Sénat, l’administration américaine de Trump consolide un pouvoir exécutif difficilement contestable et ferme la voie à un simple retour par décret. Washington considère désormais la diplomatie climatique comme un instrument de contrainte extérieure et quitte, pour cette génération, la gouvernance climatique, plaçant l’Union européenne, isolée, à la question du maintien d’objectifs ambitieux sans engagement équivalent des États-Unis et des puissances émergentes.