Face à l’augmentation de la population globale, l’énergie, les minéraux critiques, l’accès à l’eau et l’alimentation s’imposent comme les ressources primordiales du XXIe siècle. Les surfaces agricoles sont principalement prisées en Afrique. Le continent africain constitue un atout stratégique pour la sécurité alimentaire mondiale. Il y a en effet un double avantage : l’Afrique contiendrait environ 60% des terres arables[1] non exploitées industriellement de la planète, soit environ 874 millions d’hectares, une superficie supérieure à celle de l’Europe et des Amériques réunies. Cette vaste ressource sous-exploitée fait du continent un acteur essentiel pour relever les futurs défis mondiaux en matière de sécurité alimentaire. De plus, les titres de propriété sont rares et les locaux les cultivent souvent en petites communautés. Nous les trouvons dans nos smartphones, nos éoliennes et nos véhicules électriques. Pourtant, derrière la technologie se cache une réalité géopolitique brute : celui qui contrôle les terres rares et les minéraux critiques contrôle l’avenir. Voici pourquoi ce sujet est devenu le point névralgique de l’économie mondiale notamment durant les périodes de tension géopolitique, les pays possédant des ressources critiques deviennent des acteurs clés de l’économie mondiale.
Concernant les minéraux critiques, les États-Unis construisent, brique par brique, une chaîne de souveraineté minérale hors de Chine. Il n’existe pas, dans l’histoire économique récente, de précédent comparable à ce qui se joue depuis plusieurs mois dans le secteur des terres rares. Ce n’est pas une guerre commerciale ordinaire entre deux puissances cherchant à protéger leurs industries. C’est une bataille pour le contrôle des intrants irremplaçables de la modernité technologique, les minéraux critiques dont les dix-sept éléments du groupe des lanthanides[2] dont dépendent les moteurs de véhicules électriques, les pales de turbines éoliennes, les systèmes de guidage des missiles, les aimants des drones, les semi-conducteurs et les écrans des smartphones.
Sur vingt-sept minéraux critiques, la Chine domine la production de quinze d’entre eux. Et elle contrôle 90% du raffinage des terres rares, y compris celles extraites au Brésil ou en Australie. Pour contrer la Chine, Washington met en œuvre une architecture industrielle et financière, construite méthodiquement depuis le déclenchement des guerres tarifaires du printemps 2025, et qui révèle, dans toute sa brutalité, l’écart qui se creuse entre la réponse américaine et les tergiversations européennes. Le « Critical Raw Materials Act » européen existe bien sur le papier. Mais entre un texte voté à Bruxelles et l’exploitation d’une mine, il faut compter dix à quinze ans. La Chine a déjà pris trente ans d’avance.
Entre juillet 2025 et janvier 2026, les États-Unis ont multiplié les accords dans les minéraux critiques. C’est une stratégie géo-économique complète visant à réduire une vulnérabilité centrale, qui repose sur la dépendance au système industriel chinois. Le véritable enjeu n’est pas uniquement l’accès au minerai brut, le cœur de la dépendance se situe dans le raffinage, la conversion chimique et la fabrication de matériaux intermédiaires. Et c’est précisément dans ces secteurs, que la Chine domine. Dans les faits, même si un minerai est extrait en Australie, en Afrique ou aux États-Unis, il est souvent transformé en Chine.
De ce fait, les États-Unis cherchent à sortir d’une dépendance unique. Et la stratégie américaine repose sur trois piliers :
– La diversification des sources d’approvisionnement de minéraux critiques.
– La reconstruction du secteur intermédiaire (midstream) hors de Chine.
– La sécurisation des flux.
Mais la reconstruction du secteur intermédiaire (midstream, c’est-à-dire le raffinage et la transformation) des minéraux critiques hors de Chine va nécessiter des investissements massifs sur une période de cinq à dix ans pour surmonter des décennies de monopole. Cette stratégie et les défis du secteur intermédiaire hors de Chine sont complexes notamment face aux contraintes suivantes:
– Une domination chinoise, en effet la Chine contrôle plus de 70% du raffinage mondial des minéraux stratégiques et 93% de la fabrication d’aimants.
– Des barrières économiques et écologiques. Le raffinage demande de l’énergie abondante, des investissements lourds en capital et nécessite des normes environnementales que l’Occident aura du mal à mettre en œuvre rapidement, et devra réadapter ses dispositions réglementaires économiques et environnementales.
– Une dépendance structurelle. L’extraction minière (upstream) est géographiquement diversifiée, mais les minerais extraits finissent souvent par être transformés en Chine.
Pour s’adapter, l’Occident doit mettre en œuvre des stratégies de rééquilibrage comme :
– la régulation et la surveillance : En Europe, le Critical Raw Materials Act fixe des objectifs stricts de recyclage et de raffinage local. En France, par exemple, l’Ofremi (porté par le BRGM) renforce la veille stratégique sur les métaux sensibles comme le cuivre et le tungstène.
– Les partenariats et la diversification : Les États-Unis et l’Europe nouent des accords miniers ciblés (notamment en Afrique et au Canada) pour sécuriser l’amont et tenter de bâtir des filières de transformation autonomes.
La mise en œuvre de ces stratégies ne constituent pas une déglobalisation. Il s’agit dans les faits d’un redessinage des chaînes de valeur mondiales. Cette reconfiguration va redessiner les flux industriels, les alliances stratégiques et les équilibres de puissance pour la prochaine décennie.
Lire la suite le 1er Octobre 2026.
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[1] « Africa’s Untapped Agricultural Land: A Strategic Asset for Global Food Security »
Elizabeth Khumalo April 2, 2025 in Africa, Agribusiness, Agriculture, Development, Economy, FA, Food, Food Security
[2] Le groupe des lanthanides (ou lanthanoïdes) est une série de 15 éléments chimiques métalliques du tableau périodique, dont les numéros atomiques vont de 57 (le lanthane) à 71 (le lutécium).