Des régions seront inhabitables en 2050

Des régions seront inhabitables en 2050

Le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) estime qu’avec une augmentation de la température globale du globe de 1,5°C d’ici la fin du siècle par rapport au niveau préindustriel, la fréquence des épisodes de chaleur extrême sera extrême. Aux États-Unis, la chaleur est déjà le phénomène météorologique le plus meurtrier. Depuis une trentaine d’années, de 1991 à 2020, la chaleur a causé la mort directe de plus d’une centaine de personnes par an en moyenne, suivie par les inondations, les tornades, les ouragans, la foudre, et enfin le froid et la neige. Dans ce pays, les épisodes de chaleur extrême ont d’ailleurs plus que doublé au cours des deux dernières décennies. Mars 2024 a été le mois de mars le plus chaud jamais enregistré dans le monde, s’inscrivant dans une série de dix records mensuels consécutifs, a annoncé l’observatoire européen Copernicus, en avril dernier. L’organisation relève également un nouveau record mensuel absolu de températures des mers du globe. Selon un rapport sur l’état du climat mondial, l’OMM a indiqué qu’en 2023, la température moyenne à la surface du globe était de 1,45°C au-dessus du niveau de référence de l’ère préindustrielle. Fin 2023, plus de 90% des océans de la planète avaient connu des vagues de chaleur au cours de l’année écoulée et l’ensemble des glaciers de la planète, a enregistré des pertes considérables et jamais observées depuis 1950. En plus, des effets sur l’écosystème, l’augmentation de la température des océans provoque un risque accru de cyclones et une élévation du niveau des mers. En partant de ces constats, la Nasa a tenté de déterminer les zones du globe qui ne seront plus habitables en 2050.

Il existe des indices thermiques, qui permettent d’évaluer le risque pour le corps humain. Pour mesurer le degré d’inconfort lié à la chaleur et le risque sur la santé, les scientifiques utilisent deux indices : l’indice de chaleur (heat index) qui combine la température de l’air ambiant et l’humidité relative à l’ombre, mais aussi le wet bulb (température du thermomètre mouillé), un indice moins subjectif et plus précis. Le wet bulb caractérise la température la plus basse d’un objet ou corps qui se refroidit lorsque l’humidité s’évapore de celui-ci. Cet indice mesure tout simplement la faculté de notre corps à se refroidir grâce à la sudation lors d’un temps chaud et humide. L’idée est ensuite de définir à partir de quel niveau notre corps n’arrive plus à se refroidir: c’est à partir de ce niveau-là que le risque de mort devient réel. À l’origine, le wet bulb était mesuré avec un simple thermomètre entouré d’un linge mouillé et exposé à l’air libre. Le thermomètre enregistrait alors la température au moment où l’eau s’évaporait du linge. Aujourd’hui, cet indice est calculé à partir d’un équipement électronique dans les stations météo qui fonctionnent avec les données satellites. La Nasa utilise des instruments situés dans la Station spatiale Internationale, comme AIRS (Atmospheric Infrared Sounder) et ECOStress (ECOsystem Spaceborne Thermal Radiometer Experiment). L’organisme américain développe actuellement un nouveau projet, le SBG (Surface Biology and Geology mission) dans le but d’obtenir des données plus précises sur le processus d’évaporation de l’humidité. Si la température globale de la planète continue d’augmenter, certaines régions du monde seront trop chaudes pour survivre dès 2050. Les scientifiques considèrent que l’indice wet bulb le plus élevé auquel un humain peut résister est de 35 °C pendant six heures. Les enregistrements de la Nasa ont déjà relevé des wet bulbs au-dessus de 35°C de nombreuses fois depuis 2005, dans les régions subtropicales du Pakistan et du golfe Persique. Depuis 40 ans, la fréquence de ces wet bulbs extrêmement élevés a triplé. La majorité des régions chaudes et humides de la Planète ont un indice wet bulb qui n’excède en général par les 25 à 27°C.

Les modèles de prévision climatiques de la Nasa tentent de déterminer les pays où l’indice wet bulb sera bientôt trop élevé pour survivre. Ce sera le cas du sud de l’Asie, du golfe Persique (Iran, Oman, Koweït), et des pays bordant la mer Rouge (Égypte, Arabie saoudite, Soudan, Éthiopie, Somalie, Yémen) dès 2050. L’est de la Chine, une partie de l’Asie du Sud et du Brésil devraient également dépasser régulièrement un indice wet bulb de 35°C d’ici 2070. La Nasa prévoit le même sort pour certains États américains du Midwest d’ici 50 ans, comme l’Arkansas, le Missouri et l’Iowa. Cependant, les chercheurs précisent que le risque de décès est présent même avec des indices plus bas que celui de 35°C. Lors de la vague de chaleur de juin 2021 au nord-ouest des États-Unis et à l’ouest du Canada (1400 morts estimés), le wet bulb n’a pas dépassé les 25°C. L’indice témoigne en effet d’un danger pour la santé dès qu’il dépasse les 12°C en dessous de la température corporelle. Chez l’être humain, la température corporelle est constante (autour de 37 °C, mais elle peut légèrement varier suivant l’heure de la journée de 36,1°C à 37,8°C), quelle que soit la température extérieure. Par définition, nous sommes donc des organismes homéothermes. La régulation de la température corporelle est contrôlée par l’hypothalamus, qui intervient pour maintenir la température constante. S’il est trop chaud, l’organisme va transpirer pour évacuer de la chaleur. S’il est trop froid, des frissons (correspondant à des contractions musculaires) permettent de produire de la chaleur. La température moyenne mondiale sur les douze derniers mois est la plus élevée jamais enregistrée et elle dépasse de 1,58°C les niveaux préindustriels. Un réchauffement climatique provoqué par des décennies d’émissions de gaz à effet de serre, et dont l’effet est accentué depuis la mi-2023 par le phénomène El Niño.

Cela fait désormais plus d’un an que la température des océans, régulateurs majeurs du climat qui recouvrent 70% de la planète, est la plus chaude. Le mois de mars 2024 établit même un nouveau record absolu, tous mois confondus, avec 21,07°C de moyenne mesurés à leur surface (hors zones proches des pôles). Et ces mesures sont incroyablement inhabituelle. Cette surchauffe menace la vie marine et elle a pour conséquence de générer plus d’humidité dans l’atmosphère, ce qui est synonyme de conditions météorologiques plus instables, tels que des vents violents et des pluies torrentielles. Ce réchauffement réduit aussi l’absorption de nos émissions de gaz à effet de serre dans les mers. Celles-ci sont des puits de carbone qui emmagasinent 90% de l’excès d’énergie provoquée par l’activité humaine. Dans les faits, plus l’atmosphère mondiale se réchauffe, plus les évènements extrêmes seront nombreux, sévères et intenses, ils seront générateurs de vagues de chaleur extrêmes, de sécheresses, d’inondations et d’incendies de forêt. Le climat de la Planète dépend également en grande partie de l’activité des océans. Il n’y a pas que le fonctionnement de l’atmosphère qui se trouve perturbé par les émissions de gaz à effet de serre, les océans le sont également. Et le fonctionnement des océans a un impact important sur l’atmosphère, tout comme l’atmosphère impacte les océans. Le fonctionnement de notre Planète comme la régulation du climat mondial dépend donc en grande partie de plusieurs méga-courants océaniques. Les scientifiques savaient déjà que le courant atlantique Amoc risquait de s’affaiblir en raison du réchauffement, mais une nouvelle étude bien plus pessimiste explique qu’un autre grand courant risque carrément de s’interrompre dans le futur. En analysant les prévisions de 36 modèles climatiques, les chercheurs ont découvert que la circulation méridienne de retournement atlantique (Amoc) et la circulation méridienne de retournement australe (ou Smoc), qui font partie de la circulation thermohaline, vont ralentir de 42% d’ici 2100. Dans les pires scénarios de réchauffement envisagés par les modèles, la circulation méridienne de retournement australe pourrait complètement s’arrêter d’ici 2300. Le grand responsable de cet affaiblissement, voire même de la désintégration complète, de ces courants indispensables pour réguler le climat, n’est autre que le réchauffement planétaire. Le méga-courant Amoc transporte les eaux chaudes de l’océan Atlantique sud vers les hautes latitudes de l’océan Atlantique nord. Cette eau se refroidit alors et forme des « cellules » de différentes températures qui jouent un rôle important, en redistribuant la chaleur et le carbone dans plusieurs zones de la planète. Ce mécanisme est indispensable pour le fonctionnement global de l’océan, de la vie marine (en facilitant la circulation du plancton) et du climat. Le courant Amoc influence fortement la météo de l’Europe, de l’Amérique, mais aussi de l’Afrique. Il participe aussi à la circulation des eaux de fond de l’Antarctique, qui sont les eaux les plus froides, et les plus oxygénées de l’océan. Celles-ci se trouvent en-dessous de 4000 mètres de profondeur. Les spécialistes des océans qualifient ces eaux de fond de « ventilation des océans  ».

Un étude parue dans Nature Geoscience[1] en avril 2024, indique que le transport d’eau, vers les eaux de fond de l’Antarctique, a chuté de 12% entre 2000 et 2020 en raison du réchauffement important de l’ouest de l’Antarctique. La hausse des températures en Antarctique affaiblit l’Amoc, qui joue alors de moins en moins son rôle de transport des eaux. Cette dilution constatée des eaux froides de profondeur serait donc la preuve que l’Amoc faiblit d’année en année et que ses conséquences sont déjà perceptibles. Ce réchauffement a non seulement réduit la quantité d’eaux froides de fond, mais également contribué à l’élévation du niveau de la mer. Le réchauffement de ces eaux profondes aurait ainsi fait gagner au niveau de la mer 2,8 mm supplémentaires. Selon la NOAA[2], ces conclusions sur les eaux de fond de l’Antarctique montrent que même les zones les plus inaccessibles, comme les profondeurs des océans, sont affectées par les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines. Cette étude se concentre ici sur l’océan Atlantique nord, mais ces premières observations tendent à laisser penser que ce type de transformations serait présent dans tous les océans. Selon ces hypothèses, plusieurs milliards de personnes seraient, chaque année, exposées à une chaleur et à une humidité extrêmes. Une situation qui n’est pas anodine, puisque le corps humain ne peut pas résister longtemps à la combinaison de ces deux facteurs. Si les températures mondiales devaient croître de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels, les 2,2 milliards d’habitants du Pakistan subiraient, chaque année, un grand nombre d’heures de chaleur dépassant la tolérance humaine. Il en serait de même pour la population de la vallée de l’Indus (Inde), les 800 millions d’habitants de l’Afrique subsaharienne et le milliard d’habitants de l’est de la Chine. Les régions citées précédemment connaîtraient des vagues de chaleur très humides. Celles-ci peuvent être particulièrement dangereuses pour la santé, car l’air ne peut pas absorber l’excès d’humidité. De sorte, que l’évaporation de la sueur du corps humain, s’en trouverait fortement limitée. Le bon fonctionnement d’un certain nombre d’infrastructures, à l’instar des refroidisseurs par évaporation, serait également mis à rude épreuve.

Les pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire seront touchés de plein fouet, car situés dans les régions les plus affectées. Autrement dit, les personnes impactées par les effets du réchauffement climatique n’ont pas forcément accès à la climatisation ni à un quelconque dispositif permettant d’atténuer les effets de la chaleur. Enfin, si le réchauffement de la planète se poursuivait à 3°C au-dessus des niveaux préindustriels, des niveaux de chaleur et d’humidité dépassant la tolérance humaine affecteraient la côte est et le centre des États-Unis allant de la Floride à New York, mais également de Houston à Chicago. Il en serait de même pour l’Australie et l’Amérique du Sud. Pour étayer leur raisonnement, les scientifiques ont notamment fait référence à la vague de chaleur qui a touché l’Oregon et causé la mort de plus de 700 personnes en 2021. Les pays les plus affectés, par ces phénomènes extrêmes doivent donc à réaliser en urgence des investissements importants et durables pour atténuer l’impact du changement climatique et soutenir l’adaptation à long terme des populations les plus vulnérables. D’autant plus que, le nombre de pauvres vivant dans des conditions de chaleur extrême en zone urbaine va bondir de 700% d’ici à 2050, en particulier en Afrique de l’Ouest et en Asie du Sud-Est, ce qui engendrera des flux de plus en plus importants de réfugiés climatiques, d’autant plus, que l’adaptation à la chaleur extrême comporte des limites. Certaines des mesures prises, comme l’augmentation de la climatisation à forte consommation d’énergie, sont coûteuses, ne sont pas viables sur le plan écologique et contribuent elles-mêmes au changement climatique. Si les émissions de gaz à effet de serre qui sont responsables du changement climatique ne sont pas réduites, de manière substantielle, le monde va faire face à des phénomènes extrêmes et plus particulièrement à des niveaux de chaleur extrême inimaginables jusqu’à présent.

[1] Biló, T.C., Perez, R.C., Dong, S. et al. Weakening of the Atlantic Meridional Overturning Circulation abyssal limb in the North Atlantic. Nat. Geosci. 17, 419–425 (2024). https://doi.org/10.1038/s41561-024-01422-4.Published 19 April 2024. DOIhttps://doi.org/10.1038/s41561-024-01422-4.https://www.nature.com/articles/s41561-024-01422-4#citeas

[2] NOAA – Posted on April 18, 2024 by AOML Communications to Oceans Influence on Climate & Weather, Physical Oceanography « The Atlantic Meridional Overturning Circulation is weakening in the deep sea of the North Atlantic Ocean, study finds » https://www.aoml.noaa.gov/atlantic-meridional-overturning-circulation-weakening-in-the-deep-sea-of-north-atlantic/