L’arrivée d’une intelligence artificielle générale (GAIS)[1] a 99,9 % de chances de modifier durablement le destin de l’humanité lors des cent prochaines années. Mais avant cela, des pertes d’emploi massives seront engendrées par les IA dans un avenir proche. Le monde n’est pas préparé aux transformations radicales que promet l’IA. Elle ne va pas se limiter à transformer le travail, mais pourrait remplacer et supprimer de nombreux emplois. Tout poste, même qualifié, deviendra obsolète si l’IA atteint ou dépasse l’intelligence humaine. Et les investissements qui semblent totalement déraisonnables pour le développement des IA ne viseraient pas à aider les humains dans leur travail, mais à terme, à les remplacer.
Dans les prochains conflits l’IA sera totalement autonome pour sélectionner des cibles et les détruire. D’ailleurs le conflit en Iran a été co-piloté par le logiciel IA de Palantir qui réduit par 100 le nombre d’analystes militaires, comme dans le cas de la guerre contre l’Iran, avec seulement 20 Analystes qui étaient assistés par l’IA – contre 2000 durant la guerre du Golfe. Avec l’analyse des cibles à éliminer, le pilotage des unités de combat, le redéploiement des forces armées, aujourd’hui le pilotage est encore humain mais le cerveau est devenu artificiel. Le bombardement d’une école de 250 jeunes filles en Iran par les Américains, située dans un site militaire, aurait-elle dû être détectée par l’IA pour éviter une erreur ?
Alors que l’IA dissimule des donnés et a encore un risque d’erreurs importantes, la fiabilité et le contrôle de son efficience deviennent une question majeure lorsque des vies sont en jeu. Le rôle croissant de l’IA dans des domaines comme la sécurité, la surveillance et le renseignement et désormais dans la défense doit interroger sur le contrôle que les hommes ont sur cet outil d’une puissance inégalée. Est-ce que les hommes maîtrisent suffisamment l’IA pour lui déléguer autant de tâches stratégiques et tactiques en matière de défense ? Le défi soulevé par ces systèmes est plus complexe et plus profond qu’il ne semble. Il ne se limite pas à l’adoption de technologies innovantes, mais implique la substitution graduelle de la réalité par sa reproduction virtuelle. Dans les univers numériques, conçus pour influencer, l’échange est affiné au point de rendre l’interaction authentique inutile. La présence d’êtres humains tangibles est effacée et le lien relégué à une simple réponse fonctionnelle. Lorsque la simulation deviendra la norme, la capacité humaine de discernement sera diminuée et nos liens sociaux s’enfermeront dans des circuits autoréférentiels qui ne nous exposent plus au réel. Nous risquons de vivre alors comme dans des bulles imperméables les unes aux autres. Sans résistance et sans contre-pouvoir à l’influence de ces systèmes et sans plus de contacts humains et spirituels avec l’autre, la réalité devient une option facultative et l’être humain risque d’être manipulé par des mécanismes invisibles à la conscience.et imperceptibles à l’esprit.
Le danger n’est pas que l’IA détruise trop d’emplois. Le risque est que les sociétés refusent de redistribuer les profits que cette destruction d’emploi va générer. Si les ressources libérées sont captées par une minorité, si la fiscalité reste figée sur le travail humain quand la valeur migre vers le capital algorithmique, si la reconnaissance sociale demeure exclusivement attachée à l’emploi marchand producteur d’objets, alors une infime minorité sera très riche, une large majorité n’aura pas les moyens d’accéder aux biens de l’économie de la vie et la pauvreté explosera. Ce ne sera pas forcément la faute de l’IA et des robots. Ce sera aussi celle des institutions et des choix politiques. La question n’est donc pas: « l’IA va-t-elle supprimer des emplois ? » Mais « que ferons-nous de l’abondance qu’elle rend possible?» Et de toute cette masse humaine devenue improductive. Les algorithmes manquent de bon sens quand ils sont livrés à eux-mêmes. La véritable intelligence émergera du tandem humain-machine. Avec l’intelligence artificielle (IA), on nous promet soit un merveilleux nouvel âge, soit le début du monde de la machine, sans les humains non connectés à GAIS. Comme je l’ai écrit dans le livre « Gais – La coalition des relégués », tout comme l’avait énoncé Geoffrey Hinton, l’intelligence artificielle n’est pas un outil, au service de l’homme mais un successeur potentiel. L’IA risque d’entrainer des destructions massives du travail, de l’économie, de l’esprit et de générer des guerres d’une violence excessive. La capacité de l’homme à mettre la technologie au service de la guerre n’aura plus de limite. L’homme est encore « dans la boucle » mais via des algorithmes. Des algorithmes pour tuer. Et avec l’IA des algorithmes pour apprendre à se passer de l’homme pour tuer encore mieux. Il ne fait aucun doute que l’IA joue à présent un rôle central dans la planification et la conduite de toutes les opérations militaires complexes. L’IA est en train de révolutionner la guerre qu’il s’agisse de planification, de conduite ou de robotisation du champ de bataille. Les robots tueurs contrôlés par l’IA se développent et les militaires s’appuient désormais sur ces IA pour rendre leurs opérations plus efficaces. Dans un avenir proche, cela va contribuer à accentuer les rapports de force entre les nations riches et celles pauvres qui n’en disposeront pas. Déjà, en Ukraine, de petits drones équipés d’une charge explosive volante, prennent eux-mêmes l’initiative de frapper leurs cibles. Mais la guerre ce n’est pas un jeu vidéo. La guerre c’est de la peur, du sang, du courage et de la souffrance. Beaucoup de souffrance.
Il existe, dans la base aérienne américaine d’Al-Udeid, aux portes de Doha, une interface logicielle sur laquelle un opérateur peut, en quatre clics, identifier un char ennemi, le géolocaliser, l’affecter à un F-22 stationné à 130 kilomètres de là, et recevoir une confirmation : « Cible neutralisée ». Ce système s’appelle Maven Smart System[2]. Il est développé par Palantir, une entreprise dont la capitalisation boursière a atteint 360 milliards de dollars au premier trimestre 2026, propulsée en partie par les conflits que l’Amérique a mené (opération « Epic Fury » contre l’Iran, soutien militaire à l’Ukraine, capture de Nicolás Maduro au Venezuela). Jusqu’à récemment, il tournait en partie sur des modèles d’intelligence artificielle (IA) d’Anthropic. Le 9 mars 2026, le secrétaire américain adjoint à la Défense Steve Feinberg a signé une lettre destinée aux hauts responsables militaires : Maven est désormais élevé au rang de « programme officiel » du Pentagone, avec les lignes budgétaires dédiées et les engagements pluriannuels que cela implique, transformant Palantir en intégrateur par défaut de l’IA militaire américaine plutôt qu’en simple prestataire. Une semaine plus tard, ce même Pentagone bannissait Anthropic, le fournisseur qui alimentait une partie critique de ce système, au motif que l’entreprise refusait d’en accepter un usage sans restrictions. Nous sommes en mars 2026. Les États-Unis sont en guerre, et cette guerre a des actionnaires. Des contrats, des cours de bourse, des conférences de presse où des présidents de sociétés commentent les frappes de la veille comme d’autres commenteraient des résultats trimestriels. Pour la première fois dans cette architecture inédite, une des entreprises qui la font tourner a dit non et s’est retrouvée bannie par le gouvernement qu’elle servait. Pour comprendre ce basculement, il faut remonter quelques années en arrière : aux conférences tech, aux levées de fonds, aux discours sur la « disruption » appliquée à la défense nationale. Pendant des années, la Silicon Valley a entretenu une forme de distance morale vis-à-vis du complexe militaro-industriel. Les ingénieurs ne voulaient pas que leur code serve à tuer. En 2018, plus de 3000 employés de Google ont signé une pétition pour que l’entreprise se retire du Projet Maven : ce programme du Pentagone qui utilisait la vision par ordinateur pour analyser des images de drones militaires et identifier des cibles. Leur crainte était simple et précise : que l’IA finisse par être intégrée dans des systèmes de frappes létales. Ils avaient raison. Google a cédé à la pression et quitté le programme. Mais Maven, lui, n’a pas disparu. Il a continué, grandi, et Palantir a récupéré le contrat, avec beaucoup moins d’état d’âme sur la question. Ce qui s’est passé ensuite ressemble à une leçon de capitalisme de guerre. Le retrait de Google n’a pas ralenti le programme, il a ouvert un marché. Palantir, Anduril, et une constellation de startups ont comblé le vide, financées en partie par Andreessen Horowitz. Ce dernier a levé en janvier dernier 15 milliards de dollars, dont 1,2 milliard fléché vers la défense dans le cadre de son fonds American Dynamism[3]. Le message était clair : là où les grandes entreprises tech reculaient par scrupule, le capital-risque avançait. Il fallait juste trouver les bons arguments pour recruter les ingénieurs qui, eux, avaient encore des scrupules. Ces entreprises ont trouvé la solution dans un mot : « service ». Ce que ces technologies permettent concrètement est révolutionnaire. Et c’est précisément ce qui rend les questions de gouvernance si urgentes.
L’histoire de Maven commence en 2017 sous une forme modeste : identifier et classer automatiquement des images issues de drones militaires pour soulager les analystes humains. Neuf ans plus tard, le système n’a plus grand-chose à voir avec un outil de tri d’images. C’est une plateforme de commandement et de contrôle (C2) qui fusionne en temps réel des données provenant de satellites, de drones, de radars, de capteurs au sol et de rapports de renseignement, pour en extraire automatiquement des cibles potentielles : un convoi de véhicules blindés, un dépôt de munitions, une position de lancement de missiles. Ce qui prenait des heures à une équipe d’analystes humains se fait désormais en quelques secondes. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au début du programme, Maven permettait de traiter moins d’une centaine de cibles par jour. On est passé à mille, puis à cinq mille. Une seule cellule de ciblage peut désormais aller de la détection d’une cible à son engagement en quelques minutes, là où il fallait compter plusieurs heures. Durant la première semaine de la guerre contre l’Iran, plus de 2000 cibles ont été frappées, dont beaucoup sélectionnées par Maven. Ces chiffres abstraits prennent une autre dimension quand on les traduit en rythme opérationnel concret. Lors de la première journée de l’opération « Epic Fury », Claude a généré environ 1000 recommandations de cibles. Soit une cible toutes les 86 secondes. Dans les 12 premières heures, 900 frappes ont été exécutées : une toutes les 48 secondes. Les opérateurs « dans la boucle » disposaient en moyenne de moins d’une minute et demie pour examiner chaque recommandation de ciblage avant que la suivante n’apparaisse. Ce que les militaires appellent le « jugement humain » se réduit, à ce rythme, à un clic d’approbation. Les exercices préalables avaient pourtant documenté une précision de Maven de 60 % (contre 84 % pour les analystes humains), le système confondant parfois des camions avec des arbres. C’est dans ce contexte que des frappes ont été exécutées sur Minab, une ville du sud de l’Iran, où une école de filles a été touchée. Aucun véhicule militaire n’avait été repéré sur place dans les jours précédant la frappe. Plus de 150 jeunes filles iraniennes ont été tuées. Ni le Pentagone, ni Palantir, ni Anthropic n’ont confirmé si Maven avait sélectionné le bâtiment comme cible. Ou se situe la responsabilité juridique de tels actes ?
En mars 2026, Cameron Stanley[4], le responsable du bureau IA du Pentagone, en a fait la démonstration publique lors d’un événement Palantir, montrant en direct des cartes thermiques de ciblage au Moyen-Orient. « Quand nous avons commencé, il fallait des heures pour faire ce que vous venez de voir », avait-il déclaré. Maven Smart System n’est pas un simple logiciel de cartographie militaire. Concrètement, le système intègre des algorithmes de vision par ordinateur (computer vision) capables de détecter automatiquement des cibles, propose des plans de frappe terrestres ou aériens, et recommande quelles munitions et quels vecteurs affecter à chaque objectif, via un outil baptisé « AI Asset Tasking Recommender ». Claude, le modèle d’Anthropic, y jouait un rôle central : celui d’une couche cognitive capable de transformer des flux de données brutes en informations directement exploitables par un opérateur. Une démonstration interne publiée par Palantir illustre la mécanique avec une précision qui ne laisse aucune place à l’ambiguïté. Un opérateur demande à l’assistant IA de « générer trois plans d’action pour cibler cet équipement ennemi ». En quelques secondes, trois options apparaissent à l’écran : frappe aérienne, artillerie longue portée, équipe tactique au sol. L’opérateur choisit. L’IA génère la route d’approche, assigne les brouilleurs de communication ennemis, et transmet l’ordre. La mission est lancée. À ce dispositif s’ajoute la plateforme Lattice d’Anduril[5]. En mars dernier, l’armée américaine a signé avec la startup un contrat-cadre de dix ans pouvant atteindre 20 milliards de dollars, qui remplace d’un coup plus de 120 procédures d’achat distinctes. Lattice n’est pas un simple logiciel de surveillance. C’est une architecture capable de connecter des milliers de capteurs, de radars, de drones et de systèmes d’armement dans une interface unique de commandement et de contrôle, du soldat sur le terrain jusqu’au quartier général. Le premier contrat opérationnel, de 87 millions de dollars, porte sur la lutte anti-drones. Mais la vocation du système est explicitement plus large: il est appelé à s’étendre à l’ensemble des agences fédérales, FBI inclus, pour couvrir ce que l’armée appelle la « zone grise », cet espace flou où les activités criminelles et les opérations militaires finissent par se confondre. En clair, la guerre et la police fusionnent dans une interface unique, gérée par une entreprise privée cotée en bourse. Ce n’est plus seulement l’armée qui est équipée par la Silicon Valley. C’est l’ensemble de l’appareil sécuritaire et coercitif de l’État américain.
Et puis, au milieu de tout cela, une entreprise a dit non. Pas une petite startup sans contrats ni ambitions. Anthropic, fournisseur officiel du Pentagone, certifiée pour les réseaux militaires classifiés, intégrée au cœur de Maven. Elle a refusé d’accorder au gouvernement américain un accès inconditionnel à ses modèles Claude. Le désaccord porte sur deux points. Anthropic refuse que ses modèles servent à surveiller des citoyens américains à grande échelle. Et l’entreprise estime que ses modèles ne sont tout simplement pas prêts à alimenter des systèmes d’armes autonomes, capables de décider et d’exécuter des frappes létales sans qu’aucun humain ne soit dans la boucle. Des positions qui semblent relever du bon sens. C’est pourtant pour les avoir exprimées qu’Anthropic a été officiellement désignée « risque pour la chaîne d’approvisionnement » par le Pentagone. Le paradoxe mérite d’être souligné. Anthropic n’a pas été bannie pour des défaillances techniques. L’entreprise avait été la première à faire certifier ses modèles pour un usage sur des réseaux militaires classifiés. Elle détenait une autorisation « FedRAMP High », le niveau de certification le plus élevé pour les systèmes fédéraux sensibles. Elle n’avait jamais reçu le moindre signalement de sécurité de la part du gouvernement. Ce qui lui a valu d’être mise sur liste noire, c’est d’avoir eu des principes. Anthropic a riposté en déposant deux poursuites judiciaires contre le Pentagone pour rétorsion illégale et violation constitutionnelle. Donald Trump, lui, a choisi un autre registre. « J’ai viré Anthropic, a-t-il déclaré à Politico. Je les ai virés comme des chiens, parce qu’ils n’auraient pas dû faire ça. »[6] Dans le même temps, 37 employés d’OpenAI et de Google DeepMind, dont Jeff Dean, directeur scientifique de Google, ont signé une lettre de soutien à Anthropic. Des salariés prenant publiquement la défense d’un concurrent direct. Ce seul fait résume assez bien la nature du débat.
Un épisode résume mieux que tout l’état de dépendance dans lequel s’était installée l’armée américaine. Après l’opération qui a conduit à la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro, des responsables d’Anthropic ont appelé Palantir pour savoir si leurs modèles avaient été utilisés dans l’opération. Ils ne le savaient pas eux-mêmes. Cette question a provoqué ce que le sous-secrétaire à la Recherche du Pentagone, Emil Michael, décrit comme « un moment de stupeur pour l’ensemble de la direction du Pentagone »[7]. L’armée américaine venait de réaliser qu’elle était peut-être devenue dépendante d’un fournisseur logiciel privé pour des opérations de combat, sans en avoir pleinement conscience, et sans aucune alternative prête à prendre le relais. La mise sur liste noire d’Anthropic a créé une situation que les ingénieurs du Pentagone qualifient eux-mêmes de kafkaïenne. Claude n’était pas un outil périphérique dans l’architecture de Maven. Il en constituait une couche centrale. Des pans entiers du système ont été construits à l’aide de Claude Code, l’outil de développement logiciel d’Anthropic. Des flux de travail, des séquences d’instructions critiques, des automatismes opérationnels. Remplacer tout cela ne se fait pas en branchant un autre modèle à la place. C’est reconstruire une partie substantielle du système à partir de zéro. Sur le terrain, les informaticiens du Pentagone ne décolèrent pas. Ils avaient mis des mois à familiariser les opérateurs avec ces outils. Ils considèrent Claude comme le meilleur modèle disponible pour leurs besoins. Et ils regardent avec peu d’enthousiasme l’alternative qui se profile : Grok, le modèle d’Elon Musk, qui a signé un contrat avec le Pentagone assorti de moins de restrictions que ses concurrents, produit souvent des réponses contradictoires à une même question. Les prestataires gouvernementaux, eux, parlent surtout de temps perdu et de coûts inutiles. La qualification prendra entre 12 et 18 mois, pour un résultat qui, de l’avis général, sera inférieur à ce qui existait déjà. Et pendant des jours et alors que Pentagone avait bannit officiellement Anthropic, ses opérateurs continuaient d’utiliser Claude pour analyser des cibles en Iran. Le système était trop intégré pour être débranché du jour au lendemain. La décision politique avait été prise. La réalité technique, elle, n’avait pas suivi.
Palantir, de son côté, met en avant son architecture dite « agnostique » : la plateforme peut, en théorie, tourner sur n’importe quel modèle, qu’il vienne d’OpenAI, de Meta ou d’ailleurs. En pratique, reconstruire les workflows de Maven autour d’un autre modèle que Claude prendra des mois. Mais au-delà du chantier technique, c’est le signal envoyé à toute l’industrie qui compte. Vouloir poser des limites à l’usage militaire de son IA peut valoir une mise sur liste noire fédérale. Peu importe la qualité du produit. Peu importe les certifications obtenues. Ces tensions ne sont pas que politiques. Elles sont aussi profondément techniques, et les critiques viennent de l’intérieur du système lui-même. Le général John Cogbill, directeur des opérations au CENTCOM, a publiquement donné à Maven Smart System la note de « C+ » lors d’une conférence en août 2024[8]. Il a évoqué les hallucinations de l’IA, les biais algorithmiques, et le risque que le système conduise les opérateurs à cibler les mauvaises personnes au mauvais endroit. Alex Miller, directeur technique de l’US Army, pointe un autre problème concret : le système est trop gourmand en bande passante pour être utilisé en dessous du niveau divisionnaire, ce qui le rend inutilisable pour la grande majorité des unités combattantes sur le terrain. Il y a aussi une limite purement logistique. Les grands modèles d’IA nécessitent une connexion permanente au cloud pour fonctionner. Or le champ de bataille est précisément l’endroit où cette connexion est la plus fragile. L’Iran a ciblé plusieurs datacenters d’Amazon Web Services (AWS) au Bahreïn et aux Émirats arabes unis. La guerre électronique coupe les communications. Un système qui doit contacter un serveur distant pour traiter une requête de ciblage n’est pas seulement peu fiable en opération, il offre aussi une prise à l’adversaire.
C’est dans ce contexte qu’une nouvelle génération de startups tente de s’imposer. Fondées et dirigées par d’anciens militaires, elles promettent des modèles d’IA conçus spécifiquement pour la guerre : capables de fonctionner sans connexion cloud, entraînés sur des données de combat plutôt que sur l’internet grand public. L’argument commercial est résumé sans détour : « Un modèle à 85 % des capacités mais qui tourne sur un réseau dégradé à la frontière tactique bat GPT-5 dans un datacenter inaccessible. » La logique est implacable. Et elle révèle une division du travail qui s’installe durablement : les grandes entreprises tech fournissent la puissance brute, les startups militaires fournissent l’adaptation au terrain. La chaîne s’allonge. Et à chaque maillon supplémentaire, la question de la responsabilité devient un peu plus difficile à trancher.
Mais le vrai sujet n’est pas la fiabilité des modèles actuels. C’est la direction dans laquelle l’ensemble du système est en train de s’engager. En décembre 2024, près de Kharkiv, la 13e Brigade de la Garde nationale ukrainienne a mené ce qui est considéré comme la première opération offensive conduite entièrement par des systèmes sans pilote. Des véhicules terrestres télécommandés ont progressé pour poser et neutraliser des mines, pendant que des drones de surveillance et d’attaque assuraient le soutien aérien. Pas un seul soldat n’a été exposé pendant l’assaut initial. Les positions défensives russes ont été détruites, et l’infanterie ukrainienne a pu avancer et tenir le terrain. Cette opération restait néanmoins contrôlée par des humains, qui observaient des flux vidéo en temps réel et séquençaient manuellement les actions. Ce qui vient ensuite est d’une autre nature. Les spécialistes parlent d’« autonomie depuis le lancement » : des systèmes qui exécutent leur mission de bout en bout sans intervention humaine, s’adaptent aux imprévus, et choisissent parmi des actions pré-autorisées même lorsqu’ils ont perdu tout contact avec leur base. Nous entrons dans l’ère des unités robotiques de combats. Cette transition change fondamentalement ce que signifie commander. Le commandant ne contrôle plus l’exécution des opérations en temps réel. Son rôle, désormais, c’est de les programmer à l’avance. Il ne valide plus chaque frappe : il définit les règles du jeu avant que la mission commence, spécifie quelles actions sont autorisées, lesquelles sont interdites, et ce que le système doit faire face à une situation imprévue. C’est une forme de délégation radicalement nouvelle. Et elle se déroule à une vitesse que les processus humains de validation ne peuvent tout simplement pas suivre. Le général Christopher Donahue (US Army) ne laisse planer aucun doute sur la direction prise : « Ultimement, tout cela finira par être automatisé. » Le mémo Feinberg qui officialise Maven va dans le même sens, affirmant qu’il est « impératif » de faire des « décisions assistées par IA la pierre angulaire » de la stratégie militaire américaine. Quant à la politique officielle du Pentagone sur l’autonomie des systèmes d’armes, elle n’exige que « des niveaux appropriés de jugement humain sur l’usage de la force ». Une formulation suffisamment vague pour ne contraindre personne, sans définition légale, modifiable par simple décret présidentiel. Les systèmes sont déployés. Mais la doctrine pour les employer n’existe pas encore. À ce jour, aucun commandement interarmées américain n’a été chargé de définir comment des formations autonomes doivent combattre, se coordonner, ou être contrôlées.[9] L’armée la plus puissante du monde est en train de faire la guerre avec des outils dont elle n’a pas encore écrit le mode d’emploi.
La dispute entre Anthropic et le Pentagone a au moins eu le mérite de forcer un débat à se tenir au grand jour, un débat qui, jusqu’ici, se déroulait dans l’obscurité des contrats classifiés et des accords d’entreprise. Les employés d’OpenAI et de Google DeepMind qui ont signé la lettre de soutien à Anthropic ont mis des mots très précis sur ce que tout le monde pressent sans oser le formuler. « De notre position dans des laboratoires d’IA de frontière, écrivent-ils, nous comprenons qu’un système d’IA utilisé pour la surveillance de masse pourrait dissoudre les silos, en corrélant des données de reconnaissance faciale avec l’historique de localisation, les enregistrements de transactions, les graphes sociaux et les modèles de comportement de centaines de millions de personnes simultanément. » Ce n’est pas une hypothèse alarmiste. C’est une description de ce qui est techniquement possible aujourd’hui. Le Pentagone affirme ne pas avoir l’intention d’utiliser l’IA pour surveiller les Américains en masse, et l’a formellement inscrit dans son contrat avec OpenAI. Mais ce sont les mêmes textes juridiques qui ont déjà permis, par le passé, la surveillance d’Américains avec les technologies existantes. Et pendant ce temps, xAI d’Elon Musk a signé un contrat avec le Pentagone assorti de restrictions encore moins contraignantes. Au bout du compte, le public américain n’a d’autre choix que de faire confiance à Pete Hegseth, Elon Musk et Sam Altman pour ne pas franchir la ligne. Ce n’est pas une politique publique. C’est un pari sur la vertu de trois hommes qui ont chacun, par ailleurs, amplement démontré que leurs intérêts personnels passaient avant tout le reste.
Dans une interview au Time Magazine[10], Dario Amodei, PDG d’Anthropic, a dit ce que peu osent dire. Y compris lui, d’habitude. « Nous ne voulons pas que les entreprises soient plus puissantes que les gouvernements. Mais nous ne voulons pas non plus que les gouvernements soient si puissants qu’ils ne puissent pas être arrêtés. Nous avons les deux problèmes en même temps. » C’est dit. Et personne ne semble avoir de réponse. Pas les entreprises d’IA, qui reconnaissent elles-mêmes « éviter d’être trop prescriptives ». Pas le Congrès américain, qui n’a toujours pas produit le moindre cadre législatif sur l’IA générative, quatre ans après l’irruption de ChatGPT. Pas l’armée non plus, dont les cycles doctrinaux s’étendent sur 15 à 20 mois dans un domaine où les mises à jour logicielles se font en quelques semaines. Tout le monde observe. Personne n’assume.
L’éviction d’Anthropic envoie un message limpide à toute l’industrie : vouloir encadrer l’usage militaire de son IA est un risque commercial. Les garde-fous éthiques sont une option, pas une exigence. Des groupes d’experts des Nations Unies ont pourtant averti que le ciblage par IA sans supervision humaine soulève des risques éthiques et juridiques considérables. Mais ces mises en garde restent sans effet contraignant. Et la désignation de Maven comme programme officiel du Pentagone dépasse le seul cadre américain. Les alliés de l’OTAN qui cherchent à harmoniser leurs systèmes avec l’infrastructure militaire américaine regardent ce qui se passe à Washington. Maven est déjà déployé dans plusieurs pays membres. La question de savoir si ce modèle, avec ses lacunes et son absence de gouvernance, va s’imposer comme référence n’est pas tranchée. Mais la direction est là. La question que soulève tout cela n’est pas technique. Elle est démocratique, et aussi ancienne que la guerre elle-même : qui décide d’envoyer des hommes mourir, et qui en assume les conséquences ?
La guerre se joue aussi désormais sur les marchés financiers. Avant l’opération « Epic Fury », des milliards de dollars s’échangeaient sur Polymarket, la principale plateforme de paris en ligne sur les événements géopolitiques, permettant à n’importe qui de parier sur la probabilité et le calendrier d’une frappe américaine contre l’Iran. En théorie, ces marchés agrègent de l’information dispersée pour produire une probabilité collective. En pratique, un acteur étatique disposant de quelques millions de dollars peut acheter anonymement des contrats, faire monter la probabilité perçue d’une frappe de 25 à 60 %, et créer l’apparence d’une fuite d’information classifiée. Alliés et adversaires regardent les mêmes chiffres. Ils ajustent leurs décisions en conséquence. Des marchés conçus pour prévoir la guerre peuvent ainsi contribuer à la déclencher. Dans ce paysage, les soldats qui portent le risque ultime, ceux qui ne peuvent pas démissionner quand les conditions changent, se retrouvent utilisateurs finaux de logiciels conçus à Palo Alto, testés dans des démonstrations pour investisseurs, et déployés avant que quiconque ait écrit le mode d’emploi. Ce sont eux qui seront au poste de commandement quand l’algorithme se trompera de cible. Ce sont eux qui vivront avec les conséquences de décisions prises par des gens qui, eux, ont toujours la possibilité de se lever et de partir. Que Maven tienne ses promesses ou génère ses premiers accidents graves en conditions réelles, une chose est acquise : l’IA militaire n’est plus un projet expérimental. Elle est inscrite dans le budget fédéral, intégrée aux opérations en cours, validée au plus haut niveau du Pentagone. Et l’idée qu’une entreprise technologique puisse poser des limites éthiques à son usage militaire vient de prendre un sérieux coup. Ce qui s’installe durablement, c’est une architecture de décision létale construite par des entreprises privées, financée par des marchés, opérée par des algorithmes. Et gouvernée, pour l’instant, par personne. La Silicon Valley a appris à parler le langage du sacrifice. Pas encore à en assumer le poids. Pendant ce temps, les systèmes tournent. 5000 cibles par jour. Et personne, juridiquement, éthiquement, démocratiquement, n’est vraiment responsable de ce qui se passe quand ils se trompent.
Certains argumenteront que l’intelligence artificielle est un accélérateur historique. Et comme tous les accélérateurs, elle libère autant qu’elle détruit, elle rend possible autant qu’elle élimine, elle déplace bien plus qu’elle n’anéantit. Et c’est ça qu’il faut chercher à comprendre. Et qu’il y a toujours, au seuil des grandes mutations, des prophètes de l’effondrement. Ils annoncent la fin du travail, la fin de l’histoire, la fin des idéologies, la fin de la croissance, la fin de l’homme. Aujourd’hui, plus prosaïquement, ils annoncent la fin du contrôle humain et du travail sous l’effet conjugué de l’intelligence artificielle, des robots physiques et des agents numériques. Demain, disent-ils, les machines produiront tout ; des pans entiers de l’économie, même de l’économie numérique aujourd’hui extrêmement valorisée, tomberont dans le néant. Les humains, devenus inutiles, seront relégués à l’oisiveté forcée, et à la misère, gêneurs dans une société de robots. En réalité, peu à peu les décisions humaines seront soumises et validées par des algorithmes et des machines. Il n’est plus impossible d’envisager qu’un jour prochain, le robot qui devait remplacer l’humain finira par embaucher des humains. Alors que l’écriture ou l’imprimerie transformaient l’histoire sur plusieurs générations, le numérique transforme le monde à une vitesse vertigineuse, à la mesure du mois et parfois de la journée. Sa croissance est sans fin et sans frein. Dans le même temps, les besoins en énergie explosent : Plus de dix ans après la COP21, l’intelligence artificielle connaît une croissance explosive qui transforme le paysage énergétique. Si une requête ChatGPT consomme désormais autant qu’une recherche Google, les centres de données IA représentent pourtant 2% de la consommation électrique mondiale, et cette part pourrait quadrupler d’ici 2030. L’entraînement des modèles d’IA reste cependant l’étape la plus énergivore, nécessitant des milliers de MWh, soit l’équivalent de plusieurs petites villes par modèle.
Pour ce qui est de leur développement pur, les grands modèles d’IA actuels accumulent déjà des quantités d’informations des milliers de fois supérieures à celles d’un humain. Comme la tendance est de poursuivre cette alimentation massive en données, l’IA pourrait non seulement rivaliser avec l’esprit humain, mais le dépasser nettement. A partir de ce moment, personne ne sait ce qui pourrait se passer une fois que l’on ne saura plus vraiment ce que « pensent » les IA ni comment elles fonctionnent vraiment en interne. Et les IA pourraient d’elles-mêmes se fixer des sous-objectifs pour résister à toute tentative de les arrêter. Avec des drones et des robots-tueurs dopés à l’IA, le camp qui les utiliserait ne mettrait plus en danger ses troupes en les conservant à l’arrière. En revanche, les ravages seraient colossaux pour les populations et un adversaire moins développé n’ayant pas l’atout des IA. Géopolitiquement, l’usage de l’IA dans la guerre viendrait un peu plus déséquilibrer le rapport de force entre une nation « riche » et une plus « pauvre ». En laissant l’IA réfléchir à notre place, nous diminuons notre capacité à mémoriser l’information et notre capacité d’analyse. Et dans un futur proche, l’humain augmenté sera en fait un esclave diminué au service des machines. L’essor de l’IA qui, en nous facilitant la tâche au quotidien, nous pousse à déléguer de plus en plus d’efforts intellectuels. Plus besoin de mémoriser les informations, d’analyser ou de rédiger des textes puisque l’IA le fait à notre place. Bientôt nous atteindrons le point de singularité, ce moment où l’IA surpassera l’intelligence humaine et deviendra capable de s’améliorer plus rapidement que les humains . Les géants de la tech sont conscients de cela. Mais ils ne sont plus, motivés uniquement, que par l’appât du gain. Dans quelques années, l’humanité sera dépassée par des IA devenues incontrôlables. Le développement de l’IA a été initialement financé par la recherche publique dans les universités du monde entier. Et pourtant, les bénéfices de ces avancées n’ont été captés que par quelques géants de la tech, dont on connaît désormais tous les noms. Par appât du gain, ces sociétés cherchent aujourd’hui à lever tous les freins réglementaires susceptibles de ralentir le développement de leurs modèles. Or, sans encadrement strict, la perte de contrôle de l’humain sur les IA et les conséquences décrites par Geoffrey Hinton et moi-même semblent inéluctables. Reste que face à l’engouement mondial autour des IA, les mises en garde de ceux qui en ont été à l’origine ne sont pas vraiment écoutées[11]. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de la surveillance globalisée assistée par l’IA. On nous aura pourtant prévenus à maintes reprises…
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[1] GAIS — Global Artificial Intelligence System (système global d’intelligence artificielle). Lire à ce sujet « Gais – La coalition des relégués » Editions Complicités, Paris décembre 2025.
[2] Le projet Maven (officiellement « Algorithmic Warfare Cross Functional Team ») est une initiative du département américain de la Défense lancée en 2017 afin d’accélérer l’adoption de l’apprentissage automatique et de l’intégration des données dans les processus de renseignement militaire américain, notamment dans les domaines du renseignement, de la surveillance, de l’acquisition de cibles et de la reconnaissance, ainsi que dans le renseignement géospatial. Il s’est initialement concentré sur l’application de la vision par ordinateur au traitement d’images et de vidéos à des fins de renseignement. Actuellement, le programme relève de l’Agence nationale du renseignement géospatial (NGA) et englobe de multiples applications au sein du département de la Défense, allant du soutien au ciblage des opérations militaires à l’intégration et la visualisation des données pour les analystes, en passant par l’entraînement de modèles d’apprentissage automatique sur des ensembles de données étiquetés relatifs aux ressources et infrastructures militaires. Il intègre des données provenant de drones, de satellites et d’autres capteurs afin de signaler des cibles potentielles, de présenter les résultats aux analystes humains et de transmettre leurs décisions aux systèmes opérationnels.
[3] « Andreessen Horowitz raises $15 billion, as VC firm goes big in infrastructure, defense » Published Fri, Jan 9 2026 – 11:36 AM EST Updated Fri, Jan 9 2026 – 2:33 PM EST. By Samantha Subin. https://www.cnbc.com/2026/01/09/andreessen-horowitz-raises-15-billion-big-in-infrastructure-defense.html « Venture capital firm Andreessen Horowitz has raised $15 billion, with nearly $7 billion focused on growth investments. “At this moment of profound technological opportunity, it is fundamentally important for humanity that America wins,” co-founder Ben Horowitz wrote in a blog post. Andreessen Horowitz is widely known for early investments in Facebook, Coinbase and Airbnb. »
[4] « Pentagon AI chief praises Palantir tech for speeding battlefield strikes » Going from eight systems to one means fewer people make decisions to unleash Epic Fury – O’Ryan Johnson – Published Friday 13 Mar 2026 – 01:00 UTC. https://www.theregister.com/on-prem/2026/03/13/pentagon-praises-palantir-tech-for-battlefield-strike-speed/5224851
[5] https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-03-14/us-army-awards-anduril-contract-worth-as-much-as-20-billion
[6] « Trump says he fired Anthropic ‘like dogs’ as Pentagon formally blacklists AI startup – Reports say talks have resumed between defense department and startup over military’s use of company’s AI » Blake Montgomery. Thu 5 Mar 2026 23.11 CET. https://www.theguardian.com/technology/2026/mar/05/trump-anthropic-ai-pentagon
[7] « Pentagon CTO urges Anthropic to ‘cross the Rubicon’ on military AI use cases amid ethics dispute – His comments come as the Pentagon is locked in a high-stakes dispute with Anthropic about the U.S. military’s use of the startup’s Claude AI model in real-world operations. » By Brandi Vincent February 19, 2026. https://defensescoop.com/2026/02/19/pentagon-anthropic-dispute-military-ai-hegseth-emil-michael/
[8] https://www.bloomberg.com/news/features/2026-03-12/iran-war-tests-project-maven-us-ai-war-strategy
[9] « The Autonomous Battlefield And Why the U.S. Military Isn’t Ready for It » David Petraeus and Isaac C. Flanagan. March 12, 2026 – https://www.foreignaffairs.com/middle-east/autonomous-battlefield
[10] https://time.com/article/2026/03/11/anthropic-claude-disruptive-company-pentagon/
[11] « L’encyclique de Léon XIV: que l’IA serve l’humanité et non le pouvoir de quelques-uns. À l’occasion du 135e anniversaire de «Rerum novarum», le Pape réfléchit, dans sa première encyclique, «Magnifica humanitas», à la doctrine sociale de l’Église à l’ère de l’intelligence artificielle. Un appel à préserver «une humanité magnifique habitée par Dieu», en promouvant la vérité, la dignité du travail, la justice sociale et la paix. À l’ère numérique, il faut désarmer l’IA et dépasser la théorie de la «guerre juste», en relançant le dialogue et le multilatéralisme. » Isabella Piro – Cité du Vatican – https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2026-05/resume-encyclique-magnifica-humanitas-leon-xiv.html