La république populaire de Chine n’est plus seulement une puissance continentale : depuis les années 2010, elle déploie un réseau terrestre et maritime structurant l’espace eurasiatique. La BRI (Belt and Road Initiative) ou « nouvelles routes de la soie » combine six corridors et une route maritime. L’objectif principal est de sécuriser les détroits et les différents points de rupture de charge, cela fonde désormais sa géopolitique. C’est également cette stratégie qui est menée dans le Pacifique.
La géopolitique a quelques règles simples. L’une d’elles est le contrôle de l’espace par la projection et par le contrôle des points nodaux. La géopolitique se structure ainsi entre des points (villes, détroits, etc.), des lignes qui relient les points entre eux, des espaces avec des lieux de pouvoir sur lesquels s’exercent les points et les lignes enchâssées.
Qui sait déployer ces lignes pour contrôler les points essentiels est maître des espaces. Avec la BRI, c’est la politique menée par la Chine, dont l’objectif est à la fois de contrôler les points de passage essentiels, qui sont clefs pour son économie de production et de distribution, et d’en faire des leviers de sa puissance. La projection chinoise n’est pas qu’expression de sa puissance, elle en est un moyen.
La BRI n’est donc pas uniquement une stratégie de sécurisation des détroits et des points de rupture de charge. Elle est d’abord une stratégie de connectivité, de sécurisation des approvisionnements et des débouchés, d’influence et de puissance. La sécurisation des routes maritimes en est progressivement devenue une dimension géopolitique majeure. Depuis son lancement en 2013, la BRI articule effectivement une ceinture terrestre et une route maritime, auxquelles s’ajoutent aujourd’hui des infrastructures numériques, énergétiques, financières et logistiques.
Le schéma officiel repose sur six grands corridors terrestres et deux grandes orientations maritimes : vers l’océan Indien, l’Europe et l’Afrique d’une part, et vers le Pacifique Sud d’autre part.
Depuis les années 2010, la Chine cherche à dépasser son statut de puissance essentiellement continentale pour devenir une puissance eurasiatique et maritime. La Belt and Road Initiative (BRI) constitue l’un des principaux instruments de cette transformation. À travers ses corridors terrestres, ses ports, ses voies ferrées, ses pipelines et ses infrastructures numériques, Pékin cherche à organiser et sécuriser les flux qui relient la Chine à l’Europe, au Moyen-Orient, à l’Afrique et au Pacifique.
L’enjeu central est la réduction de la vulnérabilité stratégique chinoise. Une grande partie des approvisionnements énergétiques et du commerce extérieur dépend de routes maritimes contrôlées ou surveillées par d’autres puissances, notamment autour de Malacca, de l’océan Indien et du Moyen-Orient. La Chine cherche donc à diversifier ses itinéraires et à multiplier les points d’appui portuaires et logistiques. Les ports de Gwadar, Hambantota, Djibouti ou du Pirée illustrent cette logique de constitution d’un réseau de nœuds stratégiques, sans que chacun ait nécessairement une fonction militaire.
La BRI poursuit parallèlement un objectif de puissance économique et politique : les infrastructures chinoises facilitent l’accès aux marchés, favorisent l’internationalisation des entreprises chinoises et créent des interdépendances avec les États partenaires. La maîtrise des infrastructures devient ainsi une forme d’influence géopolitique, à laquelle s’ajoutent désormais les réseaux numériques, les câbles sous-marins et les technologies de communication.
Cette stratégie se prolonge dans le Pacifique, où Pékin cherche à accroître son influence économique, diplomatique et sécuritaire. Les États insulaires présentent un intérêt particulier en raison de leur position, de leurs vastes ZEE et de leur proximité avec les routes reliant l’Asie à l’Australie et aux Amériques. La Chine cherche ainsi à s’insérer dans un espace historiquement structuré par les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
La BRI apparaît donc moins comme un simple programme d’infrastructures que comme une stratégie de puissance fondée sur la maîtrise des réseaux, des flux et des points de passage stratégiques. L’objectif ultime est de renforcer l’autonomie stratégique de la Chine tout en faisant d’elle un pôle incontournable de l’organisation de l’espace indo-pacifique et eurasiatique.
Lire la suite : 1er novembre 2026